
Le biopic Michael est sorti officiellement hier. Les fans se sont rués en salles dès minuit et tout au long de la journée, donnant ainsi le coup d’envoi d’une carrière commerciale dont le succès dépendra maintenant de sa rencontre avec le grand public.
Ce qui suit est ma lecture du film. Je ne détiens pas la vérité, et c’est ce qui rend le débat de fans intéressant. Je vous attends donc sur notre forum de discussion pour en débattre.
Attention ! Pour ne rien vous gâcher, ne lisez ce qui suit qu’après votre séance.
Un scénario qui survole l’essentiel…
Avant d’entrer dans les détails, mon avis général est que le scénario souffre de lacunes trop nombreuses à mon goût. Beaucoup trop. Certains points capitaux de la vie de Michael Jackson, qu’ils soient artistiques ou humains, ne sont ici que survolés alors qu’ils auraient mérité une analyse bien plus profonde. La durée du film n’en est pas la cause, car les longs passages de concerts auraient pu être diminués pour justement raconter son histoire.
Le report du film semble avoir pesé sur le montage final : on se retrouve avec une fin un peu bancale, dont le rythme s’accélère brusquement, comme pour procéder à un bouclage en urgence.
Parmi les nombreux oublis historiques, il manque différentes étapes de la montée en puissance de la carrière des Jackson 5 et de Michael en particulier. La première audition Motown, dont les images existent encore, aurait mérité de figurer dans le scénario. Le fait que Berry Gordy soit subjugué par le talent hors norme de Michael et son aspect prometteur aurait pu préfigurer la scène d’enregistrement studio. Là aussi, fait marquant de l’histoire, Berry Gordy promet alors aux Jackson 5 cinq succès qui auront effectivement lieu, ce qui malheureusement ne figure pas au montage.
L’ère Motown et l’émancipation artistique…
L’ascension des Jackson 5 est assez absente à mes yeux car, comme beaucoup semblent parfois l’ignorer, c’est bien chez Motown que la carrière solo de Michael Jackson a débuté, succès à l’appui. Ne pas voir Diana Ross est un non-sens, puisqu’elle fait partie intégrante de l’histoire. La star de Motown de ces années, avait mis en avant les J5, que ce soit sur scène ou ailleurs, et leur premier album Diana Ross Presents The Jackson 5 suffit à lui-même pour en témoigner. Vous connaissez naturellement la suite et à quel point Michael s’est rapproché d’elle.
De son côté, pour son tout premier album solo, Got To Be There, Michael Jackson impose ses choix, comme la casquette qu’il porte sur la pochette. Chez Motown, personne ne trouve cela intéressant, mais il s’impose. Quand on sait à quel point le chapeau deviendra incontournable dans sa carrière, on sent qu’il avait déjà du flair pour son look. C’est une scène que j’aurais aimé voir : lui, porté par une intuition artistique précise, face à un entourage trouvant cela sans importance. Ce genre de confrontation a jalonné toute sa carrière et aurait permis de mieux comprendre sa solitude de créateur.
Autre fait marquant : le succès de Ben. Comment ne pas raconter qu’avec ce titre, Michael décrochait son premier numéro 1 en solo et un Golden Globe tout en offrant une performance mémorable aux Oscars à seulement 14 ans ? C’était pourtant le premier signe éclatant de son émancipation artistique et il décrit lui même dans son autobiographie Moonwalk que c’est à partir de là qu’il s’intéresse au cinéma.
Des raccourcis narratifs qui laissent perplexe…
Si le film passe des Jackson 5 aux Jacksons, le départ de la Motown est trop peu abordé, incluant le déchirement familial lié au choix de Jermaine de rester chez Motown. Les albums sublimes comme Destiny et Triumph, les tournées… tout cela est survolé, voire ignoré. Grosse absence également : The Wiz, où il fait ses premiers pas au cinéma et rencontre Quincy Jones.
Bref, c’est à partir de là que les époques s’enchaînent beaucoup trop vite. Passer du Victory Tour au Bad Tour est incompréhensible. Sans être exhaustif, il manque le fait que Michael s’impose une fois de plus en imposant Quincy Jones auprès de CBS. Il manque ensuite l’histoire du E.T Storybook et le fait que deux maisons de disques ont failli s’affronter dans un procès qui s’annonçait comme le procès du siècle (dixit les journaux d’époque). Si l’accident Pepsi reste à mez yeux un passage crucial du film, il manque là aussi une intervention du PDG de Pepsi qui raconte dans son livre à quel point il pensait que Michael allait les attaquer et que la célèbre marque américaine aurait tout perdu.
J’ajouterai parmi les absents : Janet, Rebbie, Randy et Frank DiLeo, l’autofinancement du court-métrage de Thriller, le président des Etats-Unis qui récompense Michael Jackson pour son humanisme, certaines collaborations dont celle avec Paul McCartney sur Say Say Say et bien sur l’épisode de l’achat du catalogue ATV, ou encore We Are The World et Captain Eo. Bon allez, la cerise sur le gateau aurait été une participation de Rami Malek qui aurait fait une courte apparition en Freddie Mercury sur pourquoi pas « There Must Be More To Life Than This », mais bon, ok, ce n’était certainement pas envisageable.
Les points positifs : sincérité et émotion…
Voici maintenant ce que j’ai aimé. Tout d’abord, il n’y a aucun mensonge. C’était une de mes craintes. S’il y a de petites inexactitudes, elles sont insignifiantes. Les passages sur l’accident Pepsi et ses séquelles sont bien abordés. J’ose espérer que le public comprendra l’ampleur de ses souffrances et le début de son addiction aux médicaments.
L’enfance de Michael et la sévérité outrancière de son père font partie des moments forts du film. Ils devaient être montrés ainsi. Un survol de 10 secondes sur le vitiligo a été une bonne chose même si j’aurais aimé que l’on s’y attarde un peu plus. On pourrait croire que ce n’était pas grand chose alors que chacun sait à quel point cette maladie affecte beaucoup de monde. C’est le genre de détail qui détruit aussi en quelques explications, les attaques incessantes de la presse à scandale d’époque en particulier et de la presse en général par la suite qui reprend alors tout un tas de rumeurs. A ce sujet, j’ai trouvé aussi dommage de ne pas montrer et expliquer en quelques secondes, l’histoire du caisson à oxygène.
Un casting et une technique impressionnants…
Concernant les acteurs, Jaafar joue bien et danse merveilleusement (mention spéciale pour Bad). A le voir jouer, on se rend compte à quel point il est difficile d’entrer dans le personnage, tellement il est complexe et en dehors de toute normalité. Ce que j’ai retenu du message (intentionnel ou pas) est que Michael est une énigme, un être à part, totalement. Colman Domingo est remarquable en Joe Jackson et mériterait une récompense. Nia Long est impeccable en Katherine, et Miles Teller est très bon en John Branca, même s’il semble parfois remplacer le rôle de Frank DiLeo. Enfin, chapeau à Juliano Krue Valdi (Michael enfant) pour sa performance.
Le méga positif reste la mise en avant de la musique de Michael Jackson dans une salle Imax : Faire découvrir ce génie aux nouvelles générations est essentiel. Personnellement, j’ai passé un très bon moment, extrêmement mélancolique par instants. Je suis resté jusqu’à la dernière seconde et je retournerai le voir.
François Guerrini
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