Mois : novembre 2010

Lors de périodes de doutes, il est souvent agréable et serein que de se replonger sur de véritables archives de l’histoire. Il y a tout juste 40 ans, jour pour jour, le 30 Novembre 1970, le magazine américain « SOUL » faisait une fois de plus sa UNE avec les Jackson Five. Si cette année 2010 aura été marquée par la sortie du double album « Live At The Forum » des J5, il n’en demeure pas moins que l’année 1970 fut elle, synonyme de jacksonmania.

MJFrance vous propose donc un retour 40 ans en arrière et découvrir, un peu comme si vous l’aviez dans les main, le magazine « SOUL » de cette fabuleuse année 1970. Vous y découvrirez le récit d’un certain Bob Jones, décrivant la folie de cette période, les problèmes de sécurité dus à la jacksonmania et les chiffres de cette tournée record. Même 40 ans après, il est encore difficile de s’imaginer le poids qui pesait sur les épaules de ces cinq jeunes garçons et d’un certain Michael Jackson en particulier. Bonne lecture…

Les Jackson Five ont ébloui 100 000 fans en adoration.

Dans un souci permanent d’apporter à nos lecteurs une couverture vivante des événements importants qui se produisent dans le monde de la soul, le magazine SOUL vous présente l’histoire de la tournée record à un demi million de dollars des Jackson Five, tournée qui a traversé tout le pays, et qui nous est racontée par le journaliste qui a accompagné le groupe pendant son voyage. Bob Jones est chroniqueur pour les journaux « 80 Black » au niveau national et publiciste pour le groupe Rogers, Cowan & Brenner (qui sponsorise la plupart des shows Motown). Monsieur Jones a rapporté, dans le détail, les événements survenus pendant le voyage passionnant qu’il a fait avec les Fabulous Five, à la rédactrice en chef de SOUL, Judy Spiegelman.

La sécurité était la préoccupation première

Fatiguée et épuisée comme on peut l’être après un travail bien fait, la famille la plus soul d’Amérique, les Jackson Five, est rentrée à la maison sous la chaleur ensoleillée du Sud de la Californie après deux week-ends à parcourir le pays avec un spectacle qui a battu des records de fréquentation à l’échelon national, et qui a rapporté plus d’un demi million de dollars.

Les jeunes garçons étaient accompagnés à travers tout le pays par leur père, Joe Jackson, le personnel de la Motown, des tuteurs, des publicistes, des techniciens, et bien sûr leurs cousins Ronnie Rancifer et Johnny Jackson, soit au total un entourage de 17 personnes.

La sécurité était la préoccupation première lors de cette tournée et pour cette raison l’heure des vols et les réservations d’hôtels ont été gardées secrètes jusqu’au départ et jusqu’à l’arrivée dans chaque ville. Avant de partir pour la tournée, les solutions d’évacuation de la scène ont été planifiées à partir de dessins des différents stades où le groupe devait jouer, de façon à ce que si le groupe était pris d’assaut sur la scène, tout le monde saurait comment les faire sortir.

Le premier concert a eu lieu le 9 octobre, à Boston, dans le Massachusetts, et tout s’est déroulé comme prévu. Les garçons ont pris un vol direct à destination de Boston et ont pu se rendre à l’hôtel sans incident. Pendant ce temps au Boston Gardens, des charpentiers érigeaient une plateforme de 5 mètres de haut qui ferait office de scène pour le concert du soir. Les forces de polices étaient postées autour de la scène et à l’entrée de l’arrière-scène.

La foule de 16 000 jeunes, principalement composée de jeunes filles et de quelques parents, a commencé à remplir la salle. A chaque fois que quelqu’un venait près de la scène, un cri s’échappait de la salle, pensant que c’était l’un des Fabulous Five. L’équipement du groupe était mis en place. La première partie, Yvonne Fair et Little Charles and the Sidewinders, ont joué, puis les Jackson Five sont apparus. Devant une foule tumultueuse et rugissante ils ont interprété leurs plus grands succès.

Sans aucun doute, à Boston, comme dans toutes les autres villes visitées par le groupe, les deux chansons préférées du public étaient I Found That Girl avec Jermaine au chant, et leur single du moment I’ll Be There, avec Michael à la barre.

Avant d’avoir pu finir leur dernière chanson et même avec le système de sécurité et la protection fournie par la hauteur de la scène (plus grande que deux hommes d’1,80 mètre), le groupe a été envahi par une foule trop zélée, et bien qu’ils aient été évacués en toute sécurité, on a appris à cette occasion qu’il serait nécessaire de renforcer le système de sécurité pour le reste de la tournée.

Un voyage dans le brouillard

Le brouillard a perturbé le trafic aérien ce soir-là dans la région de Boston, et après une rapide concertation lors de la préparation des bagages, on a pris la décision qu’au lieu de quitter Boston en avion, il était préférable d’aller jusqu’à Newark, dans le New Jersey, en limousine, pour prendre un avion jusqu’à Cincinnati, pour que les garçons puissent chanter à l’ouverture des World Series. C’était le temps fort du voyage pour tous les garçons, mais plus particulièrement pour Jackie, le baseball étant son sport favori.

Il était environ une heure du matin, le 10 octobre, quand le cortège de limousines a conduit les chanteurs endormis sur les autoroutes englouties par le brouillard le long de la Côte Atlantique, en direction de l’aéroport de Newark, où ils ont attrapé un vol pour Cincinnati. Ils sont arrivés à 9h30 du matin.

A leur arrivée à l’hôtel les jeunes hommes ont été immédiatement reconnus et emmenés dans leurs chambres. L’enregistrement devait être fait avant que les garçons aillent au lit. Ils étaient épuisés et bien qu’ils aient voulu parler avec les fans qui les attendaient dans le hall, c’était techniquement impossible parce qu’ils devaient prendre le temps de faire une sieste avant d’aller au Riverfront Stadium pour chanter l’hymne national et ouvrir les World Series 1970.

Ils sont arrivés au stade pour chanter pour un public de supporters des Cincinnati Reds et des Baltimore Orioles, mais il ne faisait aucun doute que les deux camps étaient tous des fans des Jackson Five jusqu’à ce que le groupe ait fini de chanter. Ils ont interprété La Bannière Etoiléesous le brillant ciel bleu de l’Ohio, accompagnés par le Lemon-Monroe High School Marching Band. Ils ont aussi visité le vestiaire des Cincinnati Reds et ont rencontré tous les joueurs individuellement avant le match.

Jackie, Tito et Jermaine sont restés pour assister au match, mais Michael et Marlon sont rentrés à l’hôtel pour dormir un peu, ils étaient les plus fatigués du groupe, et ils voulaient donner le meilleur d’eux-mêmes pour le spectacle de ce soir.

Sécurité renforcée

Pendant ce temps au Cincinnati Gardens, l’arène qui accueillerait le concert du samedi soir, des ouvriers écoutaient la retransmission du match à la radio en installant rapidement non seulement la scène de 5 mètres de haut qui avait été prévue dès le début, mais aussi une barricade de contremarches pour encercler la scène, pour plus de précautions. Les forces de police avaient laissé leurs radios pour établir les grandes lignes d’une stratégie qui prévoyait un cordon d’officiers autour de la barricade pour protéger les jeunes chanteurs de tout mouvement de foule.

Le concert se jouait à guichet fermé, et des milliers de jeunes ont dû être refoulés. Le plus gros des fans était resté devant le stade, mais sans billet, espérant entendre le concert de l’extérieur ou peut-être avoir un aperçu des garçons à leur arrivée ou à leur départ, causant un gros problème de sécurité.

14 000 jeunes ont eu ce pour quoi ils avaient payé à l’intérieur, et quand Jermaine a commencé à chanter I Found That Girl, des membres du service d’ordre ont commencé à évacuer jusqu’à 14 filles qui s’étaient évanouies pendant la chanson. Les allées ont été prises d’assaut et l’animateur de la soirée a dû faire un appel au calme. La standing ovation à la fin de la prestation s’est transformée en mouvement de foule et les garçons ont été évacués de la scène vers des voitures qui attendaient, avant que la foule puisse les atteindre, ce qui servirait de leçon pour le reste de la tournée.

Dans l’avion en route pour Memphis, dimanche matin, les Jackson Five ont appris que Cincinnati était la seule ville de leur itinéraire qui avait l’épouvantable réputation d’être une ville difficile pour les concerts. Même James Brown avait eu des difficultés à remplir le Gardens, alors que les billets pour le concert des Jackson Five étaient tous vendus bien avant le jour du concert.

Le concert de Memphis s’est déroulé calmement et sans incident. Les 12 000 sièges du Mid-South Coliseum étaient tous occupés, et encore une fois la foule s’était massée à l’extérieur du bâtiment pour avoir un aperçu des superstars. La police a escorté les limousines jusqu’à l’hôtel, et les jeunes hommes ont rapidement fait leurs valises pour le vol du retour à la maison.

A leur arrivée à la maison, ils ont décidé de garder les tuteurs pour les trois heures d’école quotidiennes requises par la loi, plutôt que de retourner à l’école privée, parce que la tournée allait recommencer le week-end suivant.

Le vendredi 16 octobre, le groupe reprenait la route à partir de l’aéroport international de Los Angeles, et cette fois leur destination était New York. A l’hôtel Tito a célébré son 17ème anniversaire en faisant la fête avec quelques amis, quelques membres de la famille, et quelques membres du fan club. Plus tard dans la soirée ils ont diverti 20 000 personnes au Madison Square Garden, générant le plus gros montant de la tournée, avec 122 000 dollars.

Comme à la maison

Samedi ils ont pris la direction de Detroit pour le concert le plus chaleureux. Ici dans la ville natale de la Motown, la foule était très aimante et l’atmosphère comme celle d’un retour à la maison. Le groupe savait qu’il était très important de venir à Detroit et le comportement des fans a fait qu’ils n’ont pas regretté leur décision. Le stade Olympia était rempli de 16 000 fans reconnaissants et le public enthousiaste a une fois de plus envahi la scène dans l’espoir de voir, de toucher ou de parler aux jeunes hommes.

Dimanche 18 octobre, la troupe est arrivée à Chicago, pour deux concerts, en vue de satisfaire la demande de milliers de fans, qui avaient acheté en une semaine tous les billets pour le premier concert. Après qu’un deuxième concert ait été organisé, 22 000 natifs de la « Ville des Vents » ont finalement pu voir les frères Jackson se produire lors de deux concerts ce dimanche, et ils hurlaient encore pour réclamer plus alors que l’avion des garçons quittait l’aéroport. Même les Five Stairsteps étaient dans le public pendant le concert.

Cependant les Jackson Five ne sont pas rentrés de Chicago à Los Angeles directement, car étant près de leur ville natale de Gary, ils ont profité de l’occasion pour rendre visite à des membres de la famille. La nouvelle s’est vite répandue qu’ils étaient en ville et la maison où ils se sont rendus pour quelques heures a été entourée par des fans. La rue a été inaccessible pendant plusieurs heures.

A Gary ils ont eu la chance de se rappeler des souvenirs avec leur ancien professeur de musique et ils se sont rendus à la Roosevelt High School de Gary, où Jackie et Tito étaient allés en classe. Là bas ils ont discuté avec les lycéens de leurs activités. C’était l’un des temps forts du voyage des garçons.

Quand on a fait les comptes après la fin de la tournée, le résultat a été des plus étonnants. Une fois tous les totaux réalisés, on a annoncé que les garçons avaient joué devant 100 000 personnes et rapporté 508 000 dollars, sans compter toutes les personnes qui avaient assisté au match des World Series !

De retour à Los Angeles le groupe s’est reposé et est retourné à l’école, puis a continué les répétitions pour les futurs concerts ou les apparitions à la télévision. Ils étaient de retour dans leur école privée, et soucieux des mêmes choses que leurs contemporains dans tout le pays, à savoir faire la fête, ou se poser la question de quoi faire pour Halloween.

Des lettres ont déjà commencé à arriver à SOUL à propos de la fantastique tournée des Jackson Five. Voici quelques réactions du Midwest.

Cher SOUL,
Je viens juste d’assister au concert des Jackson Five à Chicago. Ils étaient totalement et sans équivoque ensemble. La façon dont ils ont exécuté chaque pas était remarquable.
La force de Michael sur scène révèle réellement son vrai talent.
Marlon était très naturel dans sa façon de chanter et de danser.
La capacité de Jermaine à la basse était tout simplement trop.
Et la guitare de Tito a amené de la vie.
En regardant Jackie on trouve aussi qu’il brille pour la danse en comparaison de ses mauvaises capacités au chant.
Et j’espère que les Jackson Five se dépêcheront de revenir.
Garrick Dedeaux
Chicago, Illinois

Cher SOUL,
Le 16 octobre 1970 a été une soirée mémorable. J’ai vu les Jackson Five au Madison Square Garden. Le spectacle était convivial. J’ai adoré. Michael, Marlon, Jermaine, Tito, Jackie, merci pour ce grand spectacle.
J’espère que Motown fera un album live des Jackson Five au Garden.
E.C.
Bronx, New York

Cher SOUL,
Les Jackson Five ont vraiment donné un bon concert quand ils sont venus à Chicago. J’étais désolé qu’ils ne viennent que pour un soir et j’espère qu’ils reviendront vite. Où qu’ils puissent jouer, j’y serai.
Je ne peux pas oublier leurs cousins, Ronnie et Johnny, qui ont aussi joué.
A vous tous, habitants de Chicago ou de la banlieue qui avez raté ce concert, vous avez raté quelque chose.
Pat Smith
Chicago, Illinois

Cher SOUL,
Je reviens tout juste du concert des Jackson Five et je n’ai qu’un mot pour décrire ce concert: ensemble ! J’avais lu quelques témoignages mais voir c’est croire.
Michael est clairement un show à lui tout seul. J’aimerais ne l’avoir que pour moi. Toriano est venu danser. Marlon est venu danser. Jackie a jeté un petit coup d’œil et est venu se joindre à eux.
Aux Jackson Five: revenez à Detroit. Nous vous aimons.
Ometress Schuman
Detroit, Michigan

Cher SOUL,
Je suis étudiante à Chicago et j’aimerais faire un commentaire sur le concert des Jackson Five qui vient de se jouer ici devant une foule immense. J’ai eu assez de chance pour avoir les 6,50 dollars nécessaires et j’ai pris un peu de temps sur mes études pour aller voir les Jackson Five. Bien que je les aies déjà vus à Chicago avant, quand ils sont devenus aussi populaires que maintenant après avoir sorti I’m a Big Boy Now, j’avais le sentiment qu’ils seraient encore meilleurs maintenant qu’à l’époque (et ils ont été très cool déjà).
La foule regardait le début du concert avec anxiété et inattention, avec Little Charles et un autre chanteur de la Motown.
Après cette première partie, le spectacle a commencé. La foule est devenue de plus en plus tendue en attendant l’annonce de l’arrivée des Jackson Five.
Et c’est arrivé ! L’animateur a annoncé « les Jackson Five » et la foule dans son ensemble est entrée dans une totale frénésie.
Je me sens assez qualifiée pour dire que ces gars ont fait quelque chose de terrible ! Il devrait y avoir une loi contre ces artistes qui vont sur scène avec tant de finesse et qui exécutent leur performance siiiii parfaitement. Je suis de ces personnes qui vont voir un concert et qui exigent le meilleur. Je suis très critique et je peux réellement dire que je n’ai trouvé aucun défaut à ce concert des Jackson Five.
Du plus profond de mon cœur, je me sens vraiment fière et je considère comme un privilège d’être noire et de voir comment Berry Gordy a pris en main un groupe de frères noirs et d’en faire quelque chose (un phénomène) à quoi nous pouvons nous identifier.
Dieu les bénisse, qu’il y ait du succès et encore du succès pour les Jackson Five.
Linn Rodgers
Chicago, Illinois

 

 

Source: Soul Magazine / MJFrance
Traduction: CAT

Fin septembre 2010, Harry Weinger, producteur des dernières sorties Michael Jackson & Jackson 5 chez Universal Motown, accordait une interview exclusive à l’incontournable site de fans des Jackson 5 intitulé J5Collector. Aujourd’hui, MJFrance vous propose la traduction de l’interview de celui qui se cache derrière des albums comme « Jackson Five Live At The Forum », « Jackson 5 I Want You Back! Unreleased Masters », « Jackson 5 Ultimate Christmas Collection », « Michael Jackson The Stripped Mixes » ou encore le sublime « Michael Jackson Hello World: The Motown Solo Collection ».

 

Harry Weinger travaille dans l’industrie du disque depuis plus de trente ans, dont une dizaine passées en tant que vice-président de A&R, chez Universal Music Enterprises, le département des droits d’auteur d’Universal Music, et a remporté deux Grammy Awards au cours de sa carrière. Son projet le plus récent a été la production de plusieurs compilations de classiques, parmi lesquelles le double CD « Jackson 5 Live At The Forum ». Harry a par ailleurs participé à « Génie sans frontières », le colloque consacré à la carrière de Michael Jackson au Columbia College de Chicago, en compagnie d’Ed Eckstine, Siedah Garrett, Greg Phillinganes et Ricky Lawson. Plus d’informations ici :http://www.colum.edu/cbmr/What_We_Do/Conferences/michael-jackson.php

Dans cette interview pour J5 Collector, HW dévoile en exclusivité les coulisses de la production de cet album exceptionnel.

Comment ce projet est-il né ?

En devenant responsable des catalogues musicaux chez Motown, j’ai hérité d’une boîte de cassettes DAT réunies par mes prédécesseurs comme source de recherche. Elle contenait une véritable mine de chansons envisagées pour le boxset Soulsation!, y compris des enregistrements des concerts au Forum de Los Angeles ainsi qu’au San Diego Arena. C’était incroyable à écouter, mais dur de décider quoi en faire ! Plusieurs années ont passé lorsqu’un ami, immense fan des J5, m’a vivement incité à réécouter les enregistrements, surtout qu’on allait bientôt célébrer le 40ème anniversaire du groupe [en automne 2009]. À l’époque j’écoutais beaucoup des morceaux studio inédits, d’ailleurs à l’origine, la compilation I Want You Back: Unreleased Masters devait contenir un disque de titres live. Mais après encore quelques écoutes, j’ai compris que tous les enregistrements des concerts du Forum devaient faire l’objet d’un disque séparé.

Pouvez-vous expliquer aux fans comment se déroule le processus à partir de la découverte des bandes ?

Toutes les cassettes ne sont pas forcément bien étiquetées, avec le titre, la date et le lieu de l’enregistrement. Il faut donc rechercher dans une base de données les bandes qui ont l’air de contenir du « live », c’est-à-dire des séquences de titres qui ne correspondent pas à un album existant mais contenant tout de même des titres connus. La base de données indique parfois un nom de lieu ou au moins une année, mais pour en avoir le cœur net on commande chaque bande multi-piste physique, et avec un peu de chance on tombe bel et bien sur des bandes live indiquant les titres, la date, le lieu et d’autres informations que la base informatique ne fournissait pas. Cela nous permet entre autres de connaître le nombre de concerts enregistrés, de savoir si deux magnétos ont été utilisés pour enregistrer le reste de la chanson ; autrement on se retrouve avec une chanson incomplète. Ensuite, on établit un inventaire des morceaux en vue de décider quoi en faire. Les bandes ont été converties au format numérique, ce qui m’a permis d’en faire des mixes bruts et de rassembler les pièces du puzzle. Pour le projet du Forum, on a pu constater que lors du concert de San Diego, d’une part les J5 avaient suivi la même set-list que la veille à Los Angeles – hormis Ain’t No Sunshine qu’ils ont rajoutée, et que d’autre part le public était globalement plus calme ce soir-là. Ils n’ont pas chanté Sunshine pendant la partie solo de Michael, mais à un autre moment du show. Mais comme vous avez pu l’entendre, leur interprétation était tellement géniale qu’il nous fallait absolument l’inclure sur le disque. Alors au lieu d’en faire un titre bonus séparé du reste de l’album, je l’ai incorporé à la partie solo de Michael. Kevin Reeves – l’ingénieur du son – et moi-même avons dû peaufiner le tout pour que la transition ne s’entende pas dans le mix final.

Pourquoi Motown ont-ils décidé d’enregistrer les concerts du Forum et pas ceux du Madison Square Garden ?

Difficile à dire. Question de logistique peut-être ? Les équipes de Motown étaient plus présentes à Los Angeles, alors c’était peut-être moins facile pour eux d’enregistrer [le groupe] à New York. À savoir pourquoi ils ont enregistré le concert ? Peut-être par curiosité, pour savoir ce que le groupe pouvait donner en live ou peut-être suite à une décision liée à la fureur J5 de l’époque, il y a peut-être eu une volonté de capturer ces instants.

D’après vous, pourquoi les concerts du Forum ne sont-ils pas sortis à l’époque ?

Plusieurs facteurs ont pu entrer en ligne de compte. Par exemple, le concert de 1970 a mal commencé et s’est mal terminé également. Il y avait des problèmes techniques au début, et à la fin l’hystérie était telle que les membres du groupe ont dû prendre leurs jambes à leur cou ! En 1972, la voix de MJ était en pleine mue. On disposait alors de solutions techniques qu’on n’avait pas auparavant, donc on était en mesure de contrôler les niveaux et de régler les différents problèmes de son. À certains moments, lorsque la voix de Michael se mettait à vaciller, on réduisait légèrement le son de la piste principale pour donner l’impression qu’il s’éloignait du micro, de manière à attirer l’attention de l’auditeur sur l’ambiance générale du concert et non sur les fausses notes éventuelles – sans prétendre pour autant que les ingénieurs de Motown n’auraient pas réussi à corriger le problème par la suite. Cela mis à part, je crois qu’il faut aussi songer à la situation du groupe à cette époque. Ils avaient déjà tellement de tubes en version studio. Pourquoi aller y intercaler des versions live ? Que ce soit du point de vue de Motown ou des J5, la sortie d’un album live était superflue.

Pourquoi n’existe-t-il aucun concert des J5 sur support DVD officiel ?

[La société] ne détient pas les droits de ces images. Il nous faudrait obtenir des licences ainsi que la permission de toutes les parties concernées. Le processus est long.

Nous fêterons bientôt le 40ème anniversaire de l’émission spéciale consacrée au concert Goin’ Back To Indiana (diffusée le 19 septembre 1971). Verra-t-on un jour la sortie CD du concert intégral ?

J’adorerais pouvoir produire le concert intégral et l’émission spéciale. J’aimerais qu’on soit en possession des deux avant de travailler sur l’un ou sur l’autre. Mais là encore, on n’a pas la main sur la vidéo.

Vous a-t-il fallu consulter un ou plusieurs membres de la famille Jackson pour la préparation de ce CD ?

Quand l’album est sorti on leur en a envoyé plusieurs exemplaires et ils ont adoré !

Quel est votre chanson préférée des Jackson 5 ?

Get It Together, produite par Hal Davis, d’ailleurs j’aurais aimé que ce titre soit plus long. Forcément, j’adore I Want You Back, mais j’ai toujours eu ce petit faible pour GIT, pour I Am Love aussi.

Selon vous, pourquoi ont-ils fait l’album Skywriter ?

Avec Skywriter, [Motown] a essayé de donner une image et un son plus mûrs au groupe – ils ont par exemple repris une chanson extraite d’un spectacle de Broadway [Corner of the Sky]. En écoutant les enregistrements inédits, j’ai été plus que ravi de découvrir des inédits de Skywriter – et ils sont incroyables ! On se demande sérieusement pourquoi ils ne les ont pas utilisés ! Mais on les garde en tête pour les futures compilations éventuelles de titres inédits. Les périodesSkywriter et Get It Together ont été très productives, autant que pendant la première année où ils enregistraient avec Bobby Taylor.

Les albums des J5 auront-ils droit à une version deluxe ?

(Une version deluxe est un double-CD de l’album studio original accompagné d’un second disque contenant des prises/versions alternatives des chansons existantes plus des inédits).

Je n’aime pas avoir à dire on verra… mais on verra ! Il reste encore énormément de choses dans le coffre. Malgré tous les morceaux exploités par Motown lorsque MJ était en plein succès de Thriller, puis en 1995 avec Soulsation!, il reste des tas d’enregistrements de qualité, parmi lesquels une version studio de Feelin’ Alright, une reprise de Yesterday des Beatles – initialement interprétée lors de leurs premiers concerts mais abandonnée par la suite, une reprise géniale de Up On The Roof [des Drifters], de super morceaux funk, des inédits [produits par] The Corporation dont Deke Richards pourra – je l’espère – s’occuper, et puis une chanson intituléeWe’re The Music Makers, un titre frais et up-tempo qui parle de choses similaires à We’re Here To Entertain You. Je vous jure, ces gamins avaient beau mener une vie frénétique, ils enregistraient à la même allure ! On trouve aussi des morceaux inachevés et selon moi pas terribles, ce qui était prévisible vu la quantité [de titres enregistrés].

Existe-t-il des versions alternatives des titres solo de Michael chez Motown ?

Motown n’avait pas pour pratique de conserver les différentes prises enregistrées ; ils ne gardaient que la prise master. Il y a donc peu de chances qu’une bande contenant plusieurs prises des séances d’enregistrement de Got To Be There  existe. Je n’ai pas connaissance d’un grand nombre d’inédits de Michael en solo, mais il y en a quelques uns.

Quel succès rencontre Live At The Forum jusqu’ici ?

Il marche plutôt bien. À ma connaissance, on en a vendu plus à l’étranger qu’aux États-Unis. Disons que si vous me voyez retravailler sur un nouveau projet, c’est que celui-ci se sera bien vendu.

En bonus, Harry Weinger a confié au site que le concert des J5 à Philadelphie en mai 1970 a été enregistré dans son intégralité. Des vidéos du spectacle circulent sur le net, notamment ABC et Thank You (Falettinme Be Mice Elf Agin) de Sly Stone. Harry indique également que la performance des J5 était fantastique, malgré un certain manque de dynamisme au niveau de la set-list du concert et la qualité moyenne du son de l’enregistrement. On apprend par ailleurs que lors de ce concert, les J5 ont chanté une reprise de Hum A Song (From Your Heart), le single de Lulu sorti à l’époque – qui n’a pourtant pas été un tube.