Interview Magazine: Andy Warhol et Bob Colacello – 20/08/1982

Le monde très privé de Michael Jackson (1982) par Andy Warhol et Bob Colacello. Interview Magazine.

Michael Jackson photographié par Matthew Rolston. Couverture conçue et peinte par Richard Bernstein.


Introduction:
Vendredi 20 août 1982 à 15h30, quelque part dans la vallée de San Fernando. Bob Colacello arrive à l’appartement que Michael Jackson et sa famille louent en attendant que leur maison, non loin d’ici, soit finie d’être redécorée. Michael, que chacun connaît comme le leader des Jackson 5, s’est forgé une solide carrière solo avec son dernier album Off the Wall, qui s’est vendu à cinq millions d’exemplaires rien qu’aux USA. Même s’il enregistre toujours avec ses frères, les Jacksons, Michael travaille désormais avec des superstars telles que Paul McCartney, Quincy Jones, Diana Ross et Steven Spielberg, qui sont tous de bons amis. En attendant un coup de fil de Andy Warhol de New York, BC et MJ se sont mis à parler d’une autre bonne amie, Jane Fonda.

Michael Jackson: Le soir où Henry Fonda est décédé je suis allé chez eux et j’étais avec la famille. Ils discutaient en regardant les différentes annonces de la nouvelle à la télé. Malgré la mort de son père Jane s’intéressait quand même à ma carière. Elle m’a demandé si j’avais été pris pour le film, j’ai trouvé ça très gentil. Je crois qu’ils savaient qu’il allait mourir depuis très longtemps. Il y a des mois et des mois elle parlait comme si ça allait être d’un jour à l’autre. Et puis c’est arrivé, ils ont pleuré, ri, ils ont mangé un petit peu.

Bob Colacello: Tu fais quoi alors? Tu vas faire un film?

MJ: En fait en ce moment je termine l’album [Thriller] et je me concentre là-dessus. Je fais d’autres albums en même temps, comme l’album E.T.. Celui-là est assez nouveau pour moi parce que je n’ai jamais été le narrateur d’une histoire.

BC: C’est quoi l’album E.T.?

MJ: C’est une histoire audio, un double album, je fais le narrateur de toute l’histoire et je chante la chanson qu’on a écrite. Avec Steven [Spielberg] ça fait je ne sais combien de temps qu’on se voit pour en discuter, on veut en faire la plus grande histoire audio.

BC: Tu as tout écrit pour l’album sur lequel tu bosses en ce moment?

MJ: J’ai écrit quatre ou cinq chansons.

BC: Steve [Rubell] m’a dit que tu faisais quelques chose avec Paul McCartney?

MJ: Oui. Paul est venu ici il n’y a pas longtemps, et sur mon album on chante une chanson que j’ai écrite, The Girl Is Mine, on la chante ensemble. On se bat pour une fille dans la chanson, et le résultat est magnifique. Pour son album aussi, Tug O War Part II, on a écrit et chanté deux chansons ensemble. Mais pour le mien c’est la chanson que j’ai écrite. On fait un rap à la fin où on se bat pour la fille. C’est marrant.

BC: Tu es ouvert à travailler avec d’autres stars. Chez beaucoup de gens ça n’est pas le cas.

MJ: En fait non. Pas du tout.

BC: Mais tu as travaillé avec Diana Ross!

MJ: Je ne le fais que pour les gens que j’aime bien. Diana c’est comme une mère-amante-amie pour moi. Elle est merveilleuse. Je viens d’écrire, produire et mixer son prochain single, Muscles.

BC: Tu as écris les paroles aussi?

MJ: Les paroles et la musique. Je viens tout juste de terminé tout ça, et ça devrait sortir à la fin du mois.

BC: Quand trouves-tu le temps d’écrire tout ça?

MJ: Dans les avions. Je revenais d’Angleterre où je travaillais sur l’album de Paul McCartney, zooming along on the Concorde, et soudain j’ai eu l’idée de cette chanson. Je me suis dit « Tiens, elle serait parfaite pour Diana! » Je n’avais ni dictaphone ni rien alors j’ai dû souffrir pendant trois heures. Dès que je suis rentré chez moi j’ai enregistré ma super trouvaille.

BD: Tu t’intéresses à la politique?

MJ: Je n’aime pas en parler.

BC: Tu n’en parles pas du tout avec Jane [Fonda]?

MJ: Si, parfois. Elle est géniale, elle m’apprend toutes sortes de trucs. Lorsque j’étais sur le plateau du Golden Pond je suis resté avec Jane dans la cabine, nous étions tout seuls sur l’eau et on a parlé, parlé, parlé… de tout. J’ai appris tellement de choses, et elle aussi, on a chacun profité de ce que l’autre savait. On a parlé de plein de choses, de politique, de philosophes, du racisme, du Vietnam, du métier d’acteur, d’un tas de trucs. C’était magique!

BC: Où as-tu été à l’école? Parce que tu voyageais sans arrêt…

MJ: Dans des écoles privées, ou bien j’avais des tuteurs.

BC: Tu viens de Gary, dans l’Indiana? Comment c’était de grandir là-bas?

MJ: Franchement, j’étais tellement petit que je ne m’en souviens pas. Quand j’avais cinq ans j’allais en tournée, je chantais, je dansais. J’étais toujours parti sans pouvoir aller à l’école. Je me souviens seulement de quelques détails comme l’épicerie du coin ou bien certains de nos voisins. Le lycée derrière chez nous avait toujours une fanfare avec des trompettes, des trombones et des tambours qui marchaient dans la rue. J’adorais ça, c’était comme une parade. C’est tout ce dont je me rappelle.

BC: Tu aimais être sur scène quant tu étais enfant? Tu as toujours aimé ça?

MJ: Toujours. J’ai toujours aimé la sensation qu’on a quand on est sur scène, la magie que ça procure. Quand j’entre sur scène c’est comme si tout d’un coup il y avait de la magie autour de moi, un nouvel esprit, on perd le contrôle de soi. J’étais monté sur scène au concert de Quincy [Jones] au Rose Bowl alors qu’au départ je ne voulais pas. Je me baissais pour qu’on ne me voit pas, je me cachais tout en espérant qu’il ne me verrait pas en train de me cacher derrière les gens quand il m’a appelé sur scène. Finalement j’y suis allé et je suis devenu complètement fou. Je me suis mis à grimper aux échafaudages, sur les enceintes, sur l’équipement qui tenait l’éclairage. Le public s’est pris au jeu aussi et je me suis mis à dancer, à chanter… Voilà l’effet que ça a sur moi.

BC: Quelle est la différence entre jouer la comédie et se produire sur scène à ton avis?

MJ: J’adore les deux. Etre acteur c’est le nec plus ultra. J’adore jouer sur scène. C’est un moyen d’évasion phénoménal. Quand on veut laisser libre cours à ses émotions, c’est à ce moment là qu’il faut le faire. Jouer la comédie c’est comme devenir quelqu’un d’autre. Je trouve ça super, surtout quand on arrive à totalement oublier qui l’on est. Quand on arrive à faire ça, et moi j’adore le faire, c’est là que ça devient magique. J’adore créer de la magie, concevoir quelque chose de tellement inhabituel et inattendu que ça en soit à couper le souffle aux gens. Quelque chose qui est en avance pour l’époque, aller encore plus loin que ce à quoi les gens pensent. Que les gens voient ça et se disent « Wow, je m’attendais pas à ça! » J’adore surprendre les gens avec un cadeau, une prestation, ou n’importe quoi d’autre. J’adore John Travolta qui vient de l’émission Kotter. Personne ne savait qu’il savait danser et faire tout ça. Il a fait une percée incroyable. Avant d’avoir le temps de dire ouf c’est comme si tout le monde le considérait comme le nouveau Marlon Brando.

BC: Il n’a pas fait grand chose dernièrement.

MJ: Je sais, je crois qu’il est en train de choisir des scripts et tout. C’est toujours difficile pour quelqu’un de rivaliser avec ce qu’ils ont accompli avant.

BC: A ton avis, qui a été un révolutionnaire dans son domaine?

MJ: J’aime tellement Steven Spielberg. J’adore James Brown. Il est phénoménal, je n’ai jamais vu d’artiste qui électrifiait son public comme le fait James Brown. Le public lui mange dans la main, et il en fait ce qu’il veut. C’est incroyable. J’ai toujours estimé qu’on ne l’appréciait pas à sa juste valeur. J’adore Sammy Davis Jr., Fred Astaire, George Lucas. Je suis fou de Jane Fonda et de Katharine Hepburn.

BC: J’ai vu une photo de toi avec Katharine Hepburn sur le tournage de Golden Pond.

MJ: C’est un honneur pour moi de la connaître car il y a beaucoup de gens qu’elle n’aime pas. Elle te le dira tout de suite si elle ne t’aime pas. La première fois que je l’ai rencontrée je tremblais à cause de tout ce que j’avais entendu sur elle. Jane m’avait dit comment elle était. J’avais un peu peur. Mais ce jour-là elle m’a tout de suite invité à dîner. Nous sommes amis depuis. Elle est venue voir notre concert – c’était son tout premier concert – au Madison Square Garden, et elle s’est beaucoup amusée. On s’appelle et elle m’envoie des lettres. Elle est tout simplement merveilleuse. Je suis allé chez elle à New York, elle m’a montré la chaise préférée de Spencer Tracy et ses affaires personnelles dans son placard, tous ses petits objets fétiches. Je le trouve magique.

BC: Tu aimes les vieux films?

MJ: Oh oui. Il y avaient beaucoup de bonnes choses, de bons acteurs, de bons réalisateurs, de bonnes histoires. Quand on voit des films comme Capitaine Courage ou Boys Town, Father Flanagan, Woman of the Year… ils sont tous incroyables.

BC: Pourquoi tu n’écrirais pas une histoire à toi?

MJ: C’est ce sur quoi on travaille en ce moment. Quincy, Steven et moi essayons de voir ce que ça peut donner, et avec un peu de chance on arrivera à en faire quelque chose. Steven aimerait faire une comédie musicale.

BC: Tu aimerais travailler à Broadway?

MJ: Pas pour l’instant. Je pense que c’est bien quand on veut affiner ses capacités. C’est ce qu’il y a de mieux pour atteindre le zénith de son talent. On arrive à un certain point, on donne le meilleur de ce que l’on a jusqu’à ce qu’on se dise « Je viens peut-être de donner la meilleure performance dont je suis capable » Ce qui est vraiment triste dans tout ça c’est qu’on ne peut même pas capturer cet instant. Regarde combien de grands acteurs et d’artistes on a perdus juste parce qu’ils ont joué une fois sur scène et voilà. Au cinéma on capture tout ça, on le montre dans le monde entier et ça reste éternel. Spencer Tracy restera jeune dans Capitaine Courage, et son jeu peut m’apprendre des choses et me stimuler. On perd tellement de choses au théâtre, tellement de choses. Pareil pour le vaudeville. Est-ce que tu peux imaginer tout ce que j’aurais pu apprendre de ces artistes? Ca aurait été formidable.

BC: La plupart des pièces sont filmées, mais pas tous les soirs.

MJ: Justement. Les acteurs sont tendus parce qu’ils sont filmés, du coup leur jeu ne vient plus naturellement. C’est ce que je déteste avec Broadway. Ca me donne l’impression de donner beaucoup pour rien. J’aime capturer les choses pour qu’elles restent où elles sont et pour les partager avec le monde entier.

BC: Apparemment ce qui te motive vraiment c’est ton envie de divertir les gens, de leur faire plaisir. Et la célébrité et l’argent? Tu t’imagines ne pas être célèbre ou est-ce que la célébrité t’ennuie?

MJ: Ca ne m’a jamais gêné, sauf de temps en temps quand je veux être tranquille. Comme quand on va au cinéma et on se dit « Personne ne va venir m’embêter ce soir, j’ai mon chapeau et mes lunettes et je vais profiter du film, point barre » Mais quand on y va et que tout le monde te regarde, et juste au moment crucial du film quelqu’un te tape sur l’épaule pour avoir un autographe, on se sent emprisonné.

BC: C’est pour ça que tu vis ici au lieu de Beverly Hills, là où vivent toutes les autres stars?

MJ: Oui, mais les choses ne se passent pas mieux ici. C’est encore pire à Beverly Hills parce que les gens y vont pour trouver [des stars].

BC: Tu es très proche de tes parents. Est-ce qu’ils vivent ici à Los Angeles?

MJ: Oui. Ma mère est là-haut. Mon père est au bureau.

BC: Raconte-moi une journée typique chez toi?

MJ: Je rêvasse la plupart de la journée. Je me lève tôt et je me prépare pour ce que j’ai à faire, que ce soit écrire des chansons ou autre chose. Je fais des projets, des choses comme ça.

BC: Tu es optimiste à propos de l’avenir?

MJ: Oui, j’aime bien prévoir les choses en avance and follow up.

BC: Liza Minnelli est une de tes amies, n’est-ce pas?

MJ: Comment ai-je pu l’oublier? Je suis fou de Liza! Ajoute-la à ma liste de gens que j’aime le plus. Je l’aime à en mourir. On s’appelle et on ne fait que papoter. Ce que j’aime chez Liza c’est que quand on se voit on ne parle que de spectacle. Je lui montre quels pas de danse je préfère et elle aussi. C’est encore une artiste époustoufflante, elle a un réel charisme. J’aimerais lui faire enregistrer des choses à l’avenir. Je trouve qu’on devrait faire passer quelqu’un comme elle à la radio et l’accepter. Elle est magique sur scène.

BC: Ca t’intéresse la mode?

MJ: Non. Je fais attention à ce que je porte sur scène. Par contre, tu sais ce que j’adore? Je ne m’intéresse pas à mes habits de tous les jours. J’adore enfiler un vêtement, un costume et me regarder dans la glace. Comme un pantalon ample ou des chaussures marrantes avec un chapeau, et là j’entre dans la peau d’un personnage. Je trouve ça amusant.

BC: Tu aimes jouer la comédie dans la vie de tous les jours?

MJ: Tellement. C’est de l’évasion, c’est drôle! C’est tellement génial de devenir quelque chose ou quelqu’un d’autre. Surtout quand on y croit vraiment et que ça n’est même plus un jeu d’acteur. J’ai toujours détesté le terme jouer la comédie, histoire de dire « Je suis acteur » Ca devrait être plus que ça, on devrait plutôt appeler ça un quelqu’un qui y croit.

BC: Mais ça n’est pas un peu inquiétant quand on y croit totalement?

MJ: Non, c’est ce que j’aime dans tout ça. Ce que j’aime c’est tout oublier.

BC: Pourquoi tiens-tu tant à oublier? Tu trouves que la vie est vraiment dûre?

MJ: Non, peut-être que c’est parce que j’aime entrer dans la vie des gens et l’explorer, comme Charlot. Je l’aime à en mourir. Le petit clochard et tout son attirail, son coeur, tout ce qu’il montrait à l’écran était de l’altruisme. C’était toute sa vie. Il est né à Londres, son père est mort à cause de l’alcool quand il avait six ans. Sa mère avait été mise à l’asile. Il arpentait les rues d’Angleterre en mendiant, pauvre et affamé. Tout ceci se reflète à l’écran et c’est ce que j’aime faire, faire ressortir ces vérités.

BC: Tu aimes gagner beaucoup l’argent?

MJ: Je tiens à être payé à juste titre pour le travail que je fais. Quand je démarre un projet, j’y mets tout mon coeur et toute mon âme. Comme j’y tiens sincèrement je me donne à fond et je veux qu’on me paie. Un mec qui travaille doit manger, c’est aussi simple que ça.

BC: Donc tu t’occupes bien de tes affaires?

MJ: Oh oui.

BC: Tu as quel âge?

MJ: J’ai 23 ans.

BC: As-tu parfois l’impression d’avoir manqué ton enfance vu que tu as toujours chanté dans le monde adulte?

MJ: Ca arrive.

BC: Mais tu aimes les personnes plus âgées que toi, qui ont plus d’expérience.

MJ: J’adore les gens qui ont de l’expérience. J’aime les gens qui ont un talent phénoménal, ceux qui ont tant travaillé, qui ont eu tant de courage et qui sont les meilleurs dans leur domaine. Pour moi, rencontrer ces gens, apprendre à leur contact et leur parler, travailler avec eux… pour moi c’est magique. Je suis dingue de Steven Spielberg. Autre chose qui est une source d’inspiration pour moi – et j’ignore d’où ça m’est venu – ce sont les enfants. Quand je n’ai pas le moral, il me suffit de regarder un livre de photos d’enfants pour que ça me rende heureux. Etre avec des enfants c’est magique.

BC: Ils représentent quelque chose de positif et d’encourageant. Tu as beaucoup d’animeaux je crois?

MJ: Avant oui. Maintenant je n’ai plus que deux faons, un garçon et une fille. Ils sont si mignons, ils sont superbes.

BC: Je ne comprendrai jamais comment on peut chasser les cerfs.

MJ: Je déteste ça. Je déteste les boutiques de taxidermie et toutes ces conneries. J’ai un llama, j’ai un mouton qui ressemble vraiment à un bélier mais sans les cornes. Louie vient d’un cirque – lui c’est le llama. Le bélier s’appelle M. Tibbs et les faons s’appellent Prince et Princess.

BC: Tu vas en faire quoi quand ils grandiront?

MJ: Je les laisserai se balader dans le jardin. On a pratiquement un hectare.

BC: Tu as quoi comme voiture?

MJ: Une Rolls. Une noire.

BC: Tu aimes la conduire?

MJ: Je n’ai jamais voulu conduire. Mes parents m’y ont forcé. Quicy ne sait pas conduire, comme beaucoup de gens que je connais.

BC: Andy [Warhol] ne sait pas conduire.

MJ: Thats smart. Mais c’est bien quand on veut un peu d’indépendance et s’éloigner un peu. Mais je ne vais pas dans beaucoup d’endroits, je n’en connais pas vraiment. Je conduis juste dans la rue.

BC: Tu ne sors pas beaucoup?

MJ: Je ne vais qu’au Golden Temple, un restaurant bio. Je suis végétarien. Ou bien je vais à la salle de jeux vidéo.

BC: Tu t’intéresse à l’art?

MJ: J’adore dessiner au crayon, au stylo plume. J’adore l’art. Quand je suis en tournée et que je visite des musées en Hollande, en Allemagne, en Angleterre… vous savez ces peintures immenses? Je suis abasourdi. On n’arrive pas à croire qu’un peintre puisse faire quelque chose de tel. Je peux regarder une sculpture ou une peinture et m’y perdre totalement. Je suis debout, là, à regarder et je deviens une part de la scène. Ca peut faire pleurer, ça peut être tellement émouvant. Tu vois, c’est ça qu’un acteur ou un chanteur devrait pouvoir faire, toucher la vérité d’une personne. Toucher cette vérité au point d’absorber cette personne dans ce que l’on fait et l’emmener là où on veut. On est heureux, ils sont heureux. Quelle que soit l’émotion humaine, ils te suivent dedans. J’adore le réalisme, je n’aime pas les trucs en plastique. Au fond nous sommes tous les mêmes. Nous avons tous les mêmes émotions, voilà pourquoi un film comme E.T. touche tout le monde. Qui n’aimerait pas voler comme Peter Pan? Qui n’aurait pas envie de voler avec une créature magique venant de l’espace et devenir son ami? Steven les a touchés en plein cœur. Il sait que quand on a des doutes c’est le cœur qu’il faut toucher.

BC: Tu es croyant, non?

MJ: Oui. Je crois en la Bible et je crois en Dieu – qui s’appelle Jéhovah, et tout ça.

BC: On a dit que c’était pour ça que tu ne te rasais pas.

MJ: Oh non! Je n’ai rien à raser. Ca n’a rien avoir.

BC: Donc tu n’est qu’un Chrétien normal.

MJ: Je crois à la vérité.

BC: Tu lis la Bible?

MJ: Oui, beaucoup.

BC: Tu vas à l’église?

MJ: Nous on n’appelle pas ça l’église mais le Kingdom Hall. C’est pour les Témoins de Jéhovah.

BC: Tu as dit que tu allais voir Bette Midler demain? Vous travaillez ensemble sur quelques chose?

MJ: Non, je vais chez un gars qui s’appelle Seth Riggs. Quand je chante j’aime bien ouvrir ma voix, comme un danseur qui s’échauffe.

BC: Alors c’est comme des cours de respiration?

MJ: Voilà. Et juste après mon cours elle arrive. Elle est toujours à l’heure.

(Andy Warhol appelle de New York)

Andy Warhol: Allô?

MJ: Salut.

AW: Mon Dieu que c’est excitant. Tu sais, à chaque fois que j’écoute mon Walkman je mets ta cassette.

MJ: Tu as vu Liza récemment?

AW: Oui. Elle était en Europe mais je l’ai vue au défilé de Halstons. Elle a changé de coiffure. Sa coupe ressemble plus à la tienne maintenant. C’est tout frisé sur le devant, elle a l’air très différent et c’est très joli. Elle a un look génial. Elle est allé à Halstons le week-end dernier et elle est à New York en ce moment. Quoi de neuf de ton côté?

MJ: J’ai beaucoup été en studio, j’ai écrit et travaillé sur des chansons et tout ça.

AW: Je vais peut-être aller voir un groupe de rock anglais au Ritz ce soir. Ils s’appellent Duran Duran, tu les connais?

MJ: Non.

AW: Je suis allé voir Blondie au Meadowlands la semaine dernière.

MJ: Elle était comment Blondie?

AW: Elle était géniale, elle est sensationnelle. Tu la connais?

MJ: Non, je ne l’ai jamais rencontrée.

AW: Eh bien quand tu viendras à New York je te la présenterai. Partir en tournée c’est sans doute la chose la plus difficile au monde.

MJ: Oui c’est vrai que c’est quelque chose. Tour is something   the pacing. Mais être sur scène c’est l’aspect le plus magique de cela.

AW: J’ai vraiment hâte que tu fasses un grand film. On t’a proposé des choses?

MJ: Ma chambre est remplie de scripts et de propositions, et il y en a beaucoup qui ont des idées géniales. Mais je suis quelqu’un qui a une personne en tête, quelqu’un avec qui j’aimerais travailler. Donc je tiens à prendre la bonne décision. Je ne veux pas me tromper.

AW: Fais-les donc tous. Tu ne peux pas te tromper, tu es vraiment bon. Tu pensais que tu deviendrais chanteur en grandissant?

MJ: Je ne me souviens pas d’une époque où je ne chantais pas déjà, donc je n’ai jamais rêvé d’être chanteur.

AW: Tu collectionnes toujours les vêtements? Tu as un bon styliste?

MJ: En fait ça ne m’intéresse pas vraiment à part quand je dois monter sur scène. Tout ce que j’aime collectionner sont les costumes ou les vestes de pirates, des choses comme ça. Mais la mode de tous les jours ça ne m’intéresse pas.

AW: Tu portes quoi?

MJ: Là je porte un pantalon en velours côtelé avec un gros trou au genou, et puis une chemise rose avec une cravate.

AW: Tu sors beaucoup ou tu restes chez toi?

MJ: Je reste chez moi.

AW: Pourquoi? On s’amuse tellement dehors. Quand tu viendras à New York on te fera sortir.

MJ: Je n’aime sortir qu’à New York.

AW: Tu vas au cinéma?

MJ: Oh oui. On va travailler sur l’album E.T. J’ai fait une séance photo avec E.T. et c’était merveilleux. Il me prend dans ses bras et tout.

AW: J’ai bien aimé Tron. C’est comme jouer aux jeux vidéo. Tu l’as vu?

MJ: Oui. Ca ne m’a pas ému.

AW: Bon, eh bien merci beaucoup. A bientôt.

MJ: Je l’espère. Si tu vois Liza passe-lui le bonjour. Fais lui un gros bisou et un câlin pour moi.

(AW raccroche)

BC: Tu aimes les Rolling Stones? Tu connais un peu Mick?

MJ: Je l’ai rencontré aux toilettes. Il y était avec Keith… Keith Moon?

BC: Keith Richards.

MJ: Keith Richards. Je suis entré et j’ai dit « Tiens, salut! » et puis on a discuté. Ensuite je suis retourné à ma séance. Je ne le connais pas vraiment bien.

BC: Tu lis beaucoup?

MJ: Oui, j’adore lire. J’adore la philosophie et les histoires courtes. J’aime être au courant des derniers best-sellers. The Calendar du Sunday L.A. Times est mon journal préféré. Ca te permet vraiment de savoir ce qui se passe partout. Il y a des auteurs que je préfère, ce n’est pas comme si je ne lisais que les best-sellers. J’aime voir ce qu’ils font et être au courant de ce qui intéresse les gens. Theres a lot of physical stuff now.

BC: Tu fais de l’exercice?

MJ: Tous les dimanches je danse pendant une demi-heure sans m’arrêter. J’adore faire ça.

BC: Pourquoi le dimanche?

MJ: C’est juste le jour que j’ai choisi. Je jeûne le dimanche aussi. Je ne mange rien à part des fluides.

BC: Pourquoi tu fais ça?

MJ: Cela draine l’organisme, ça nettoie le colon. Je trouve ça super. Pour que ça marche il faut le faire correctement. Ce sont les égoûts de l’organisme. Il faut que ce soit toujours bien propre comme quand on se lave l’extérieur du corps. Toutes ces impuretés sortent de l’organisme à cause des saletés à l’intérieur. Ca sort sous forme d’acné, de maladies ou bien à travers de grosses pores. C’est ce qui arrive quand les toxines veulent sortir de l’organisme. Les gens devraient essayer de garder une bonne hygiène interne.

BC: Tu lis la première page du journal?

MJ: Non. Il m’arrive d’y jeter un coup d’oeil mais je ne la lis pas.

BC: C’est trop déprimant?

MJ: Oui, c’est toujours la même chose. J’aime rendre les gens heureux, c’est ça qu’il y a de bien avec le show-business. C’est l’évasion. Tu payes l’entrée cinq dollars, tu t’assois et voilà, tu es dans un autre monde. Tu oublies les problèmes qu’il y a dans le monde, c’est merveilleux. Ca divertit. C’est magique.

Traduction réalisée par Birch pour MJFrance.