
Suite à notre info du 16 juin dernier concernant la sortie du livre Michael Jackson – Les Coulisses du Trône : Vol. 1: La Tempête chez Amazon France, voici une interview de son auteur Davy Appert:

MJFrance: Bonjour Davy, et merci de nous accorder cette interview. Au fil du temps, j’avais bien suivi le fait que tu devais écrire un livre, mais je t’avoue avoir été un peu surpris par le contenu dévoilé. Qu’est-ce qui t’a décidé à aborder l’affaire de 1993 ? Y a-t-il eu un détonateur ? Le biopic, peut-être ?
Davy Appert: Non, c’est plus ancien que le biopic. Ça remonte à 2019, lors de la diffusion de Leaving Neverland et, plus particulièrement, de l’émission de Cyril Hanouna consacrée au documentaire. Je me souviens parfaitement d’avoir entendu Éric Naulleau dire qu’en 1993, Michael Jackson s’en était sorti parce qu’il avait payé. Je me revois fulminer devant ma télévision en disant à haute voix : « Mais pas du tout ! C’est bien plus complexe que ça. »
Cette courte séquence et cette phrase de Naulleau n’ont pas arrêté de tourner dans ma tête au cours des années suivantes. Si bien qu’en 2024, je me suis dit qu’il était temps de m’atteler à l’écriture d’un livre qui puisse apporter certaines réponses et, surtout, expliquer pourquoi cette affaire a abouti à un accord à l’amiable dans la procédure civile et, dans le même temps (ou presque), à une non-inculpation dans le volet pénal. Je voulais que les gens comprennent que ce qu’on appelle communément « l’affaire Chandler » était une affaire bien plus complexe et nuancée qu’un simple accord.
J’ose à peine imaginer les heures de recherches que tu as dû entreprendre pour regrouper tous les documents judiciaires, les diverses déclarations, voire les extraits de livres sur lesquels tu t’es appuyé. Est-ce que tu peux nous décrire un peu ce cheminement ? Et est-ce que des copies de documents, voire leurs références, figurent dans le livre ?
Non, car je voulais un livre qui puisse se lire à la manière d’un roman ou d’une biographie. Je ne voulais pas d’un ouvrage trop « judiciaire ». En réalité, j’avais déjà fait une partie du travail, car en 2020, j’avais publié une vidéo sur ma chaîne YouTube qui s’appelait : « J’accuse ! 1993 : Michael Jackson, victime d’une supercherie ? ». Pour cette vidéo, j’avais élaboré une trame chronologique et réuni beaucoup d’informations. Cette base a été très précieuse pour mon livre, car elle me donnait une direction que j’allais étoffer au fur et à mesure.
En réalité, les documents judiciaires de l’époque ne sont pas si nombreux car, à l’inverse de 2005, il n’y a pas eu de procès. Et le volet civil ayant été traité quasiment à huis clos, il est difficile de reconstituer certaines parties. En cela, les journaux « modérés » de l’époque ont été une source précieuse, car certains journalistes avaient des connexions avec les enquêteurs ou avec certains acteurs de l’affaire.
As-tu été toi-même surpris par ce que tu as pu découvrir ?
Pas vraiment. Je dirais que j’ai surtout été frappé de réaliser à quel point le camp Jackson était totalement cerné et à quel point l’absence de preuves était, paradoxalement, un piège pour Michael. Les gens ne réalisent pas que ce qui s’est joué en 1993, c’était avant tout une partie d’échecs, avec en toile de fond un système judiciaire américain utilisé de manière brutale et méthodique. Ce n’est pas tant la culpabilité de l’artiste qui s’est jouée, mais la manière dont il fallait le coincer pour obtenir des millions de dollars. Quand on se penche sur cette affaire, c’est ce qui saute aux yeux.
De mémoire, en dehors de la fameuse enquête de Mary A. Fisher pour GQ Magazine d’octobre 1994, rares ont été les travaux effectués pour chercher à comprendre ce qui a bien pu se passer. Comment expliques-tu cela pour la presse écrite ? J’ai pour habitude de dire qu’une des raisons est que les journalistes sont très souvent des fainéants. Mais il n’y a pas que cela, n’est-ce pas ?
Non, ce n’est pas uniquement de la fainéantise. Je pense que la presse a été happée par la déflagration qu’a suscitée cette accusation. La plus grande star au monde était accusée d’un crime choquant et sordide. L’Amérique avait connu plusieurs scandales liés à des abus sexuels sur mineurs, et l’émotion collective suscitée par ces affaires était encore très forte. De l’autre côté, Michael Jackson avait cultivé l’image d’un homme étrange, insaisissable et mystérieux. Ce voile de mystère qui l’entourait a clairement joué en sa défaveur.
Dès lors que l’information a circulé, en août 1993, les médias se sont jetés dessus avec une rage à peine contenue. Dans mon livre, il y a un interlude qui analyse justement ce phénomène de frénésie médiatique autour de l’affaire. Ce qui en ressort, c’est que la presse à scandale avait tellement le mors aux dents et que les proportions étaient devenues tellement énormes que même les médias traditionnels se sont laissés gagner par cette surenchère. On payait n’importe quel exemployé jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de dollars pour venir témoigner dans les tabloïds ou dans des émissions de télévision racoleuses. Peu importait que l’histoire soit plausible ou non : il fallait alimenter cette cabale.
Dans ce contexte, les médias modérés étaient moins entendus, moins regardés et, surtout, ils faisaient moins vendre. Alors, rares ont été les journalistes à tenter de comprendre et d’analyser la situation avec objectivité. Il y avait une forme de fascination collective à l’idée de voir si Michael Jackson allait finir par chuter de son piédestal.
J’ai vu que, malheureusement, les éditeurs à qui tu t’es adressé n’ont pas répondu favorablement à ta demande de publication. Quelles ont été les raisons avancées à ce refus et ont-ils été francs dans leurs réponses ?
Dans le monde de l’édition, personne ne prend la peine de vous répondre, même par la négative. Une absence de réponse est implicitement considérée comme un refus. Un seul éditeur m’a répondu que le sujet était intéressant, mais qu’il n’était pas totalement en phase avec sa ligne éditoriale. C’est le seul à m’avoir adressé une réponse négative. Les autres n’ont tout simplement jamais pris la peine de répondre. J’en ai contacté une bonne vingtaine en tout, peut-être même une trentaine. J’avoue que je n’ai pas compté exactement.
Je ne sais pas si cette absence globale de réponse était lié au sujet, au fait que je sois un inconnu pour eux ou tout simplement à mon style. Peut être un peu tout ça à la fois.
Un livre qui parle de l’affaire de 1993 écrit par un fan, n’est-ce pas douteux, diront les mauvaises langues ? Je me souviens encore de la période de MJFactuel : alors, les faits, rien que les faits ?
Je me souviens de nos travaux collectifs à l’époque de MJFactuel ! Pour répondre à ta question, je dirais que la critique est inévitable. J’ai essayé, tout au long de l’écriture de mon manuscrit, de garder une forme de neutralité ou, en tout cas, de prendre suffisamment de distance, sans éluder aucun sujet. Les lecteurs jugeront.
Amazon est une bonne plateforme de distribution, surtout grâce au bouche-à-oreille, aux réseaux sociaux et aux lieux de rendez-vous des fans de Michael Jackson. Mais comment vas-tu essayer de toucher un public plus large ? Car finalement, ne serait-ce pas plutôt lui la cible ? Les maisons d’édition ont leurs contacts dans les médias, ce qui constitue un passage obligé pour la promotion d’un livre. Comment se passer de cette passerelle ? Autre promotion naturelle : les rayons des grandes enseignes comme la Fnac, Cultura, Gibert, ainsi que les librairies, mais ils refusent très généralement les autoéditions Amazon.
Ta question est intéressante, car elle touche justement à ce qui m’a le plus frustré lorsque j’ai décidé d’abandonner la recherche d’un éditeur. Je vais te faire une confidence, qui te paraîtra sans doute totalement paradoxale : à chaque fois que je réalise une vidéo — et par extension lorsque j’ai écrit mon livre — je le fais toujours comme si je voulais m’adresser au grand public, et pas uniquement aux fans. C’est aussi l’une des raisons qui m’a poussé à changer le nom de ma chaîne YouTube de Salut les Fans vers Hors Tempo.
Alors bien sûr, abandonner la recherche d’un éditeur a été pour moi un véritable constat d’échec, car je perdais la possibilité de toucher un public plus large. Je ne perds toutefois pas espoir de trouver un éditeur à l’avenir et, peut-être, de voir mon livre être réédité à une plus grande échelle. Cela dit, j’ai la chance d’avoir une communauté assez large et passionnée pour m’aider à faire connaître mon livre auprès de leurs proches. Je m’en remets donc au bouche-à-oreille, faute de mieux, pour le moment.
Si ton livre est intitulé Les Coulisses du trône, on serait tenté d’imaginer les coulisses des concerts des Jackson 5, des répétitions acharnées devant Joe ou encore tout ce qui fait la genèse d’un Roi, de la pop en l’occurrence. Pourquoi le choix de ce titre ? J’ai l’impression d’avoir affaire à une série prévue sur plusieurs saisons, surtout avec un volume 1. Est-ce que je me trompe ? Fallait-il commencer par cela ?
Le volume 2 est déjà en cours d’écriture depuis quelques mois, si tu veux tout savoir ! Le titre renvoie bien sûr au Roi de la Pop et à ce trône symbolique qu’occupait Michael. En parlant des « Coulisses du trône », c’est une manière de dire au lecteur : « Suivez-moi dans l’envers du décor. Je vais vous expliquer ce qui s’est passé et comment ça s’est passé. » Le but de cette série biographique est d’analyser et d’expliquer plusieurs événements personnels ou professionnels de Michael Jackson avec la même approche que celle que j’adopte dans mes vidéos.
Je pose normalement la question en début d’interview, mais j’ai préféré cette fois-ci entrer dans le vif du sujet, un peu comme l’arrivée de ton livre. Alors arrêtons-nous un instant sur le petit Davy qui, un jour, a découvert Michael Jackson, au point d’en arriver à écrire un livre, à créer une chaîne YouTube, un site internet et l’expérience Music First. Si tu nous racontais un peu toute cette histoire ?
C’est vrai que je commence petit à petit à regarder dans le rétroviseur, car cela fait presque 25 ans que je suis actif dans l’univers de Michael Jackson. Je suis né et j’ai grandi dans un quartier sensible d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. Nous vivions dans un appartement HLM où la télévision était l’un des seuls moyens de distraction. Dans les années 80, on pouvait encore avoir un semblant de vie normale dans ces quartiers. La drogue existait, les violences aussi, mais il était possible de sortir jouer dehors sans trop de risques, même s’il fallait faire attention et éviter à tout prix certaines rues.
Quoi qu’il en soit, j’étais un garçon plutôt timide et rêveur. Jouer dehors, au milieu du béton, ce n’était pas ce qui me faisait envie. La télévision était donc ma principale échappatoire, avec mes jouets. En juin 1989, j’avais alors sept ans et demi. Je regardais le Top 50 avec mes parents quand le clip de Leave Me Alone a été diffusé. Je connaissais déjà Michael, car nous avions le 45 tours de Smooth Criminal depuis quelques mois, mais Leave Me Alone a été une véritable claque. Cette ligne de synthé, cette vidéo totalement folle… J’ai été happé. Le 45 tours de la chanson, acheté par ma mère, a marqué le début de l’aventure.
J’ai grandi avec le magazine Black & White, que j’ai découvert en 1993, et mon intérêt pour l’écriture ainsi que mon envie de transmettre ma passion ont été profondément influencés par deux membres de l’équipe de ce magazine : Laurent Hopman et Christophe Boulmé. Ces deux personnes sont des références absolues pour moi. Les années 90 ont été un tourbillon : les posters, la découverte des albums, nouveaux comme anciens, le concert au Parc des Princes en 1997… C’était une période folle, à laquelle je repense aujourd’hui avec énormément de nostalgie.
Puis les années 2000 sont arrivées, et avec elles Internet. J’ai alors commencé à collaborer avec un premier site qui s’appelait mjinvincible.net. Je bidouillais quelques bannières, car je savais déjà un peu utiliser Photoshop, et je rédigeais quelques articles. Puis le site a fermé et j’ai créé, en 2003, mon propre site : MJLegend.com.
Grâce à lui, j’ai rencontré d’autres passionnés qui sont devenus des amis proches. Ensemble, nous avons créé l’association Music First en 2013, avec pour objectif d’organiser des événements réunissant d’anciens collaborateurs de Michael. Je pense que son décès, quelques années plus
tôt, nous avait donné envie de transmettre quelque chose à travers ces rencontres.
Les personnes que nous avons eu la chance de rencontrer m’ont profondément marqué : Bruce Swedien, Bill Bottrell, Bryan Loren et, bien sûr, Brad Sundberg, qui a lancé son concept « In the Studio with MJ » après nous avoir rencontrés et avoir réalisé à quel point ses souvenirs et ses
archives nous avaient bouleversés.
En 2015, j’ai lancé ma chaîne YouTube. J’ai senti que je pouvais proposer quelque chose, malgré ma timidité et mon rapport à mon image, qui est loin d’être au beau fixe. Se montrer face caméra et s’exposer aux regards, mais aussi aux critiques des autres, peut parfois être déstabilisant. Mais l’envie d’exploiter le potentiel de YouTube était plus forte que mes complexes. La vidéo ouvrait tellement de nouvelles possibilités que j’ai décidé de me lancer.
Onze ans plus tard, je suis toujours là, avec toujours la même envie de transmettre quelque chose. La transmission a toujours été au cœur de mes travaux. Mon premier livre s’inscrit naturellement dans cette continuité.
Merci encore de m’avoir accordé cette interview. As-tu quelque chose à rajouter pour nos lecteurs ?
Je voulais simplement remercier toutes les personnes qui me suivent et qui, chaque jour, m’envoient des messages de remerciement, d’encouragement ou de félicitations pour mon travail. Je ne peux pas répondre à tout le monde, mais sachez que je lis presque tout. Votre bienveillance me touche infiniment.
J’espère que ce premier livre vous plaira et qu’il vous apportera des réponses, ou des arguments, pour continuer à faire connaître la réalité de cette affaire : une réalité bien plus nuancée qu’un simple accord financier.
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